Coût-efficacité de la trithérapie avec télaprévir

Le telaprevir est peu susceptible d'être rentable comme agent de première ligne dans le traitement de patients naïfs atteints de l'hépatite C génotype 1 avec le polymorphisme CC de l'interleukine 28B, selon la modélisation économique des données publiées. La plupart de ces patients n'ont pas besoin de telaprevir ; les deux tiers environ auront une réponse virologique soutenue (RVS) avec traitement standard interféron alfa pégylé/ribavirine. Économiquement, il est plus sensé de tenter d'abord cette approche, en gardant en réserve le telaprevir pour les patients qui rechutent ou ne répondent pas au traitement, selon Ziad Gellad de Duke University (Durham, NC, USA).

Les taux de RVS avec cette approche (utilisant telaprevir plus tard, seulement si nécessaire) sont d'environ 90%, le même que si le telaprevir avait été utilisé dès le début du traitement. « La même proportion de la population sera guéri si vous utilisez telaprevir dès le départ ou si vous l'utilisez comme médicament de secours. Peut-être est-il utile de réexaminer si tout le monde a besoin de ces médicaments coûteux » a dit le Dr Gellad à la réunion annuelle de l'AASLD (American Association for the Study of Liver Diseases.) en novembre 2011.

Gellad et ses collègues ont comparé les taux de RVS déjà publiés et leurs coûts associés, pour des schémas thérapeutiques suivants :

  • 48 semaines de traitement standard interféron/ribavirine pour un coût de $54 931 et ont donné aux patients 19.38 années de vie pondérées par la qualité (QALY* – quality-adjusted life year).
  • 24 semaines de traitement standard interféron/ribavirine coûtent $46 785 et ont donné 19.26 QALY aux patients.
  • 12 semaines de telaprevir en combinaison avec 24 ou 48 semaines d’interféron/ribavirine, en fonction de leurs réponses virologiques. L'approche coûte $68 788 et a donné aux patients 19.34 QALY.

Leur modélisation a inclus le re-traitement des non-répondeurs et rechuteurs au traitement de 48 semaine de trithérapie telaprevir/interféron/ribavirine.

Avec toutes ces trois approches aboutissant à des RVS chez environ 90% des patients et un peu plus de 19 QALY, payer plus pour le même résultat final n'a guère de sens économique, ont conclu les chercheurs et traiter d’emblée les patients de polymorphisme CC de l’IL28B naïfs de traitement atteints de l'hépatite C génotype 1 par une trithérapie avec télaprévir n’est pas rentable.

Selon Gellad et ses collègues, ajouter le telaprevir à l'interféron/ribavirine a été rentable pour les patients naïfs de traitement lorsqu'il améliore la réponse précoce au traitement (ou eRVR lorsque la charge virale est indétectable à 4 semaines de traitement et le reste à la semaine 12). Le telaprevir a été considéré comme rentable quand il fait grimper le taux eRVR à 89%. Pour les patients qui n’ont pas de eRVR, telaprevir était rentable s’il pouvait augmenter les taux de guérison à plus de 80%. En outre, les auteurs ont considéré que telaprevir présentait un bon rapport coût-efficacité pour les patients qui rechutent ou qui n'ont pas répondu à une bithérapie.

Les analyses de rentabilité (coût-efficacité) sont importantes dans l'estimation de résultats cliniques et économiques pour différentes stratégies de traitement. La trithérapie (telaprevir/interféron/ribavirine) guidée par la réponse a été démontrée dans les essais cliniques pour être de loin supérieur au traitement standard interféron/ribavirine chez les patients naïfs.

Le raisonnement sous-jacent dans cette étude implique plusieurs hypothèses, qui peuvent ou non se transposer dans le monde réel.

En résumé, en utilisant un modèle analytique décisionnel, l'approche en deux étapes du traitement antiviral est rentable et peut raisonnablement être appliquée dans certaines situations particulières, étant donné les hypothèses et la population de patients étudiée. Elle peut avoir moins d’applicabilité et être plus difficile à mettre en œuvre dans la pratique clinique.

 

* Une QALY se calcule en multipliant le nombre d’années de vie ajoutées grâce à un programme de soins, par un indice standard pondéré qui représente la qualité de vie appliquée à la santé pendant ce temps (où 0,0 correspond à un décès immédiat et 1,0 à une santé parfaite pendant une période définie). La pondération des QALY est établie en demandant aux personnes appropriées quelles sont les conséquences qu’elles préfèrent et dans quelle mesure. Les mesures obtenues représentent la valeur que les personnes accordent aux divers résultats des traitements.

 

Gellad ZF, et al "The cost-effectiveness of a telaprevir-inclusive regimen as initial therapy for genotype 1 hepaticis C infection in individuals with the CC IL28B polymorphism" AASLD 2011; Abstract 118.

 

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