Déficit en VITAMINE D pour 80% de Français

Une étude nationale nutrition santé (ENNS), réalisée en 2006-2007, publiée par l’Institut de Veille Sanitaire en avril 2012, basée sur les données sociodémographiques et de consommations alimentaires, des mesures anthropométriques (poids, taille) et un prélèvement sanguin auprès de 1 587 adultes de 18 à 74 ans (974 femmes, 613 hommes) sans supplémentation en vitamine D avait pour objectif de décrire la prévalence du déficit en vitamine D et ses facteurs associés dans la population adulte vivant en France métropolitaine.

La vitamine D joue un rôle clé dans le métabolisme phosphocalcique, l’absorption intestinale du calcium et la fixation du calcium dans l’os. Mais elle présente de nombreux autres bénéfices, contribue à prévenir le développement de certaines maladies infectieuses, auto-immunes ou métaboliques et de certains cancers. Une valeur seuil de la 25-hydroxyvitamine D (25(OH)D) de 75 nmol/L ou 30 ng/ml a été reconnue pour pouvoir bénéficier de ces effets.

L’enquête comprenait un recueil des consommations alimentaires et un examen clinique et biologique, avec un dosage de la 25-hydroxyvitamine D (25(OH)D), forme circulante de la vitamine D. L’insuffisance en vitamine D est définie par une concentration sérique en 25(OH)D

La vitamine D est principalement produite de manière endogène sous l’action des rayonnements ultraviolets sur la peau, le complément provenant de l’alimentation et surtout des poissons de mer gras sauvages et des jaunes d’œuf. Le risque de déficit en vitamine D dépend de l’ensoleillement de la zone de résidence (variable selon la latitude, la saison, la pollution atmosphérique, etc.), de pratiques individuelles d’exposition modérée mais régulière au soleil (activités de plein air, vêtements plus ou moins couvrants, utilisation d’écrans solaires, etc.), de la pigmentation de la peau et des apports alimentaires. Les jeunes enfants, les femmes enceintes et les personnes âgées sont davantage exposés au risque de déficit, du fait de besoins augmentés et d’une moindre exposition au soleil.

À la latitude de la France métropolitaine, les conditions d’ensoleillement nécessaires pour la production endogène de vitamine D ne se rencontrent qu’entre les mois de juin et octobre et uniquement lorsque le soleil est au zénith. Le reste de l’année, et particulièrement en fin d’hiver, la population est donc potentiellement exposée à un risque accru de déficit, ce risque est renforcé dans les zones de moindre ensoleillement.

vitaminD_sun_France

Cette étude fait apparaître une insuffisance généralisée de 25-hydroxyvitamine D sérique (25(OH)D) dans la population adulte française. Chez les adultes de 18 à 74 ans résidant en France, la concentration sérique moyenne en 25(OH)D était de 23,0 ng/ml. La concentration en 25(OH)D variait de manière significative selon le sexe, le lieu de naissance, le niveau d’éducation, le fait d’être parti ou non en vacances, la corpulence, le statut tabagique, le niveau d’activité physique et la sédentarité. Elle était significativement plus élevée lorsque le prélèvement était réalisé de juin à septembre, dans la zone de plus fort ensoleillement et chez les participants avec des apports alimentaires en vitamine D les plus élevés. Les plus faibles concentrations étaient observées de février à mai dans les deux zones de moindre ensoleillement, avec des concentrations moyennes respectivement de 18,5 et 19 ng/ml.

Selon l’ENNS 2006-2007, 80,1% des adultes résidant en France métropolitaine présentaient une insuffisance en 25(OH)D, 42,5% un déficit modéré à sévère et 4,8% un déficit sévère. Les déficiences étaient plus fréquentes chez les participants nés en dehors d’Europe, chez les fumeurs actuels, durant la période de février à mai et dans les zones de résidence présentant le moins bon ensoleillement annuel.

Le risque de déficit modéré à sévère était associé au fait d’être né hors d’Europe, de ne pas partir en vacances, d’avoir un niveau d’activité physique bas, d’être sédentaire et de résider dans une zone à faible ensoleillement. Le risque de déficit sévère était associé au fait d’être né hors d’Europe, de vivre seul et de ne pas partir en vacances mais était indépendant du niveau d’activité physique et de sédentarité.

Durée moyenne d’ensoleillement du département de résidence (h/an)Concentration moyenne (ng/ml)
≥2 100
  juin-septembre 33,9
  octobre-janvier 28,3
  février-mai 22,8
[1 850-2 100[
  juin-septembre 25,4
  octobre-janvier 23,6
  février-mai 21,1
[1 650-1 850[
  juin-septembre 27,6
  octobre-janvier 22,3
  février-mai 19,0
[1 650
  juin-septembre 25,6
  octobre-janvier 22,8
  février-mai 18,5

Cette étude, menée sur un échantillon national et sur l’ensemble de l’année, montre que le risque d’insuffisance en vitamine D est fréquent, surtout en fin d’hiver et au début du printemps. Si le déficit modéré ne s’accompagne généralement pas de signes cliniques d’ostéomalacie, il pourrait cependant constituer un facteur de risque d’anomalies osseuses, d’ostéoporose et de certaines maladies chroniques comme les cancers, les maladies cardiovasculaires et dysimmunitaires. Le risque de déficit sévère est peu élevé et concerne des populations particulièrement vulnérables.

En France, les déficits sévères en vitamine D sont peu fréquents et concernent des populations vulnérables (faible statut socioéconomique et exposition solaire réduite). Les déficits modérés sont en revanche fréquents. La modification de certaines habitudes de vie, notamment l’augmentation de l’activité physique, devrait permettre de réduire leur prévalence.

Ces résultats suggèrent que la promotion de l’activité physique, notamment par le biais d’une augmentation des activités en extérieur ou des déplacements en plein air, constitue un des moyens de réduire le risque de déficit modéré en 25(OH)D et d’améliorer le statut en vitamine D. L’ensoleillement favorable à la production endogène de vitamine D étant limité aux mois d’été et à certaines heures de la journée.

 

Selon l’Académie de Médecine, les apports journaliers conseillés par l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail) de 200 à 400 unités internationales (UI)/jour sont insuffisants pour atteindre cette cible minimale de 75 nmol/L.

Dans un rapport adopté le 29 mai 2012, l’Académie recommande d’instaurer une norme de dosage, surveiller le statut vitaminique des Français  à l’aide d’études épidémiologiques, détecter systématiquement le déficit ou la carence chez les patients atteints de maladies osseuses, digestives, intestinales ou rénales mais aussi réévaluer la supplémentation des Français selon de nouvelles normes.

Les apports quotidiens en vitamine D (réévalués compte tenu de l’âge et le sexe quelque soit la saison) recommandés par l’Académie Nationale de Médecine :

 Recommandations (UI)
GroupesApports Journaliers conseillés proposés par l’APFAASPSBesoins Moyens EstimésApports Quotidiens Recommandés par l’AcadémieNiveaux Supérieurs sans dangers
Nourrissons
0 – 12 mois 800-1000 800 800-1000 2000
Enfants
1 – 3 ans 400 800 600-800 2500
4 – 8 ans 200 800 600-800 2500
Adolescents
Garçons  
9 – 18 ans 200 800-1000 800-1000 4000
Filles  
9 – 18 ans 200 800-1000 800-1000 4000
Adultes
Hommes  
19 – 30 ans 200 600 800 4000
31 – 50 ans 200 600 800 4000
51 – 70 ans 200 1000-1500 1000-1500 4000
> 70 ans 400-600 >1500 >1500 4000
Femmes  
19 – 30 ans 200 600 800 4000
31 – 50 ans 200 600 800 4000
51 – 70 ans 200 1000-1500 1000-1500 4000
> 70 ans 400-600 >1500 >1500 4000
Grossesse/Allaitement  
14 – 50 ans 400 800 800-1000 4000

 

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